Lundi 1 décembre 2008
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©2007 Sylvain Deshaies
Je suis allé pour la première fois de ma vie en Gaspésie j'avais 5 ans, et pour moi ce fut une découverte. Je suis un p'tit garçon de béton, né à Montréal dans le quartier de la Pointe-Saint-Charles un quartier pauvre et ouvrier. Mon terrain de jeux était les ruelles du quartier et la rue, où on jouait au
hockey l'hiver et au base-ball l'été.
Mes parents ont divorcé quand j'avais 4 ans. Ma mère trimait dur pour gagner notre vie (1969) et il n'était pas question de voyager. Mais tout changea à l'été 1970, lorsqu'elle se fit un nouvel
amoureux. Ce dernier avait de la famille en Gaspésie, et pour moi la Gaspésie, ça sonnait comme Tahiti, dans ma tête de tit-cul.
C'était le bout du monde Sainte-Flavie! Et en plus c'est la porte de la Gaspésie, pas la profonde, mais celle qui est près du Bas du Fleuve (Bas Saint-Laurent). En plus, c'était bien avant de savoir que ça prenait au moins 7 heures
de route de Montréal, et 7 heures pour un petit gars de 5 ans c'est long longtemps. Moi la campagne je n'avais jamais vu ça. Pour moi une forêt, c'était la montagne du Mont-Royal, le parc
Lafontaine et Pointe-aux-Chènes en Outaouais.
Après ces sept heures de voyage, mes huit arrêts pipi et mes
« mômaaaaaan j'ai faim », « mômaaaaaan j'ai soif »,
« mômaaaann j'ai mal au coeur quand tu fumes dans l'auto »
et mes 4 heures de sommeil... Nous arrivions en Gaspésie
Le fleuve Saint-Laurent pour moi, quand j'étais petit, c'était une rivière comme les autres, où on voit La Ronde, l'île Sainte-Hélène, pis c'était pollué et sale (plus maintenant), mais en
Gaspésie, le Fleuve, ils l'appellent LA MER!
Un poisson ce n'est pas un poisson ordinaire, c'est un poisson de deux mètres! La marée est en service et l'air salin est omniprésent, mais quand j'avais 5 ans je trouvais que ça sentait
le poisson... Quant au Fleuve je ne le connaissais pas, ce fut une découverte. Il est beau, il est grand, il est majestueux. Mes yeux d'enfant ne voyaient même pas l'autre rive, c'était vraiment
comme ils disaient; la mer!
J'ai fait la connaissance d'une famille extraordinaire, qui a accepté ce petit bout de chou dans leur clan comme si j'étais un des leurs. Tous les matins de cet été-là, je l'ai passé avec mon
nouveau grand-père, que j'appelais Pepère Desrosiers, il m'avait donné une casquette des Expos de Montréal pour traire les vaches, faire les foins et pour me protéger du soleil.
Ce fut le plus bel été de ma vie de gamin, j'ai découvert comment se faisait le lait, que les carottes ne s'emballent pas toutes seules dans le sac de plastique, mais qu'il faut les cueillir, que
les pommes de terre pour les faire pousser il faut de la merde vache, de la « boose » de vache pour les intimes.
Mais surtout je me promenais en tracteur. Quel petit garçon n'a pas rêvé de tracteur de ferme (en 1970 c'était courant, il n'y avait pas de Playstation )! La terre familiale est située
sur deux paliers, un au niveau de la mer et l'autre partie, plus en arrière est sur le « fronteau », plus élevé à une cinquantaine de mètres du niveau de la mer, et là, la vue mes amis, c'est à
couper le souffle.
Imaginez! Tu es en tracteur avec ton grand-père, assis sur une remorque à foin, et tranquillement vers le retour à la ferme, le Fleuve apparaît doucement vers le bas de la pente avec ses navires
au loin mais qui ne finit jamais. Ma petite rue Bellechasse était vraiment loin.
Cette illustration est en mémoire de cet été là, je n'ai pas de photo de mon grand-père, mais dans ma tête, c'est lui, je sais qu'il ne se ressemble pas et que ce n'est pas lui. Mais c'est lui
par son regard complice et gentil et pour tous ces souvenirs passés en sa compagnie. J'ai réalisé ce dessin en 2000, ça faisait 20 ans que je n'y étais pas allé en Gaspésie.
Beaucoup plus tard, mon ami Stéphane vient faire un petit tour chez moi, il remarque ce dessin qui traîne sur ma table, sans que je lui en parle il me dit « mais c'est Mont-Joli
ça! » (À peine 5 ou 6 kilomètres de Ste-Flavie).
« Comment sais-tu ça, mon Stef», il me raconte alors que son père habite tout près de là, et c'est alors une révélation pour nous deux. Un point fort venait d'unir notre amitié. Un hiver
Stéphane m'annonce qu'il déménage, déjà qu'à cette époque mon moral était plutôt noir, mais il déménage à Mont-Joli... Mes jours noirs ont continué pendant des semaines. Il décide un jour de
m'appeler, c'était juste avant Noël, il devait faire -40° degrés, il m'invite à aller avec lui faire des rénovations dans sa nouvelle maison. Ma femme n'en pouvant plus de me voir me noircir dans
le coin comme ça, me convainc d'y aller, mais je sais que ça va brasser des émotions. Au début je refuse, mais par la suite je rappelle mon ami pour lui dire que j'y allais. Disons que ce fut le
voyage de la guérison: la guérison de mon passé et j'ai fait la paix avec moi-même. Je ne sais pas si je te l'avais déjà dit, mais MERCI Stéphane.
Maintenant je ne peux me passer du bas du Fleuve et de la Gaspésie. J'ai fait découvrir ce paradis sur terre à ma femme, ma fille, la famille de ma femme, et mes amis.
Publié dans : Illustrations couleur
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Par ©2009 Sylvain Deshaies
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